
Mon pays imaginaire
jeudi 24 novembre 2022
17:00 et 19:00 et 21:00
Résumé : Octobre 2019, une révolution sociale inattendue explose au Chili. Un million et demi de personnes manifestent à Santiago pour plus de démocratie, une vie plus digne, une meilleure éducation, un meilleur système de santé et une nouvelle constitution. "L’événement que j’attendais depuis mes luttes étudiantes de 1973 se concrétisait enfin..." dit Patrizio Guzman. Brillant et nécessaire.
Pays : Chili
Année : 2022
Durée : 1h27
Version : VOST
Titre original : Mi país imaginario
Date de sortie en France : 26 octobre 2022
Réalisateur : Patricio Guzman
Scénario : Patricio Guzman
Fiche
bobine
Comme Patrizio Guzmán le racontait dans son précédent opus La Cordillère des songes, l’espoir d’un nouvel embrasement au Chili semblait compromis. Embourbée dans l’ultra- libéralisme implanté depuis la dictature de Pinochet, la population chilienne lui semblait irrémédiablement anesthésiée, incapable de se rebeller contre un système qui opprime et divise. Et puis sont arrivés ces 30 pesos d’augmentation sur les tickets de métro, trois fois rien mais trop pour ceux qui sont au bas de l’échelle sociale, ceux qui regardent sempiternellement pousser les gratte-ciel, les zones commerciales de luxe, et qui en sont réduits à contempler un niveau de vie qu’ils n’atteindront jamais, même en plusieurs générations. Le grisou s’accumulait quelque part en sourdine sous les palais présidentiels, il n’attendait qu’une étincelle pour exploser…
« Quand tu veux filmer un incendie, il faut se tenir à l’endroit où surgira la première flamme ». Si dans le cas présent on la rate un peu, la maestria du réalisateur, l’intelligence de son propos, la rendent presque superflue. Son récit, en prenant de la hauteur, nous fait passer d’un petit point sur une carte à un propos universel, intemporel. Les révolutions se ressemblent toutes, magistrales, virales, salutaires.
Une part belle est faite à la parole des femmes, si rarement audible. La caméra nous fait frémir et vibrer à leurs côtés, mêlées à une foule qui s’exerce au courage, face au bras armé de l’état, une police qui blesse, qui tue. La défiance envers les partis politiques, les institutions, les représentants de la nation, envers un processus économique en bout de course, nous semble familière. Ce sont les mêmes ferments, les mêmes racines et les mêmes réponses qui surgissent, réjouissantes : l’envie de se rassembler, d’abattre les barrières, de reconstruire un monde plus juste et équitable.
A quel âge s’arrête-t-on de rêver, de s’émerveiller ? À quel âge abdique-t-on ses idéaux ? À 80 ans passés, ce jeunot de Patricio Guzmán réalise une fois de plus un film d’une fraîcheur et d’une lucidité vivifiantes, essentielles. Gageons que dans dix, vingt, cent ans, son œuvre sera toujours d’actualité, galvanisera bien des générations. En attendant, ses propos nous revigorent, renforcent notre foi dans l’humanité et ses luttes.
Sources : Dossier de presse. Utopia gazette (Octobre 2022).