Fuocoammare, par-delà Lampedusa

lundi 14 novembre 2016

19:00 et 21:00

Résumé : Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l'école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres, même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n'est pas sur une île comme les autres. Cette île s'appelle Lampedusa et c'est une frontière hautement symbolique de l'Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté.

Pays : Italie

Année : 2016

Durée : 1h49

Version : VOST

Titre original : Fuocoammare

Date de sortie en France : 28 septembre 2016

Réalisateur : Gianfranco Rosi

Scénario : Gianfranco Rosi

Avec : Samuele Pucillo, Maria Costa, Pietro Bartolo...

Prix / distinctions : Ours d'Or, Prix du jury oecuménique et prix Amnesty International Berlin 2016

Fiche
bobine

Je n’avais pas très envie d’aller voir Fuocoammare. Je ne voulais pas être confronté à ma mauvaise conscience. Pourtant, dès le début du film, j’ai été intrigué puis subjugué et tétanisé car j’ai vu comment l’indifférence pouvait fonctionner. Celle-ci est au centre de ce documentaire dont la construction très simple est pourtant incroyablement surprenante.

Gianfranco Rosi, qui est Erythréen, voulait se centrer sur le lieu dans sa globalité et non pas sur les tragédies qui s’y déroulent presque quotidiennement. Il lui fallait donc éviter de montrer ce que toutes les télévisions présentent en boucle. Alors, il dévoile deux mondes (les habitants de l’ile de Lampedusa et les migrants) qui se côtoient mais ne se rencontrent jamais.

Avec ce parti-pris, ce documentaire devient un grand film de cinéma où les spectateurs sont invités à interpréter les images et pas seulement à les regarder. Vous vous poserez, sans doute, de multiples questions après la vision de Fuocoammare. Rosi donne souvent de passionnantes indications lorsqu’on l’interroge. En voici quelques-unes glanées lors de la conférence donnée au festival de la Rochelle :

« Il y a quelques années, la frontière de débarquement passait par Lampedusa. Les habitants rencontraient les migrants et pouvaient éventuellement les aider mais cette frontière a été repoussée en pleine mer. Maintenant, les migrants sont identifiés sur le bateau, s’arrêtent dans le centre de rétention de Lampedusa et repartent deux ou trois jours plus tard vers l’Italie.

Je suis resté 40 jours sur le bateau. Pendant 20 jours, j’ai pu faire connaissance avec l’équipage car nous n’avons pas vu une seule embarcation. Il m’a été ensuite possible de filmer parce que j’avais noué ces relations et parce que j’étais seul sans cameraman et sans ingénieur du son mais j’avais l’impression de voler quelque chose aux migrants.

C’est le médecin qui m’a décidé à faire ce documentaire. Il m’a donné une clé USB avec 20 ans de tragédies.

Je montre le quotidien du gamin (il a un corps d’enfant et l’esprit d’un vieux monsieur). J’avais besoin d’un jeune qui découvre le monde et offre un contrepoint à la tragédie toute proche.

Lorsque j’ai filmé la dernière scène, c’était terrible et j’ai arrêté de tourner. Le projet initial était d’aller jusqu’aux côtes africaines pour suivre les migrants qui arrivaient en Libye. Mais cela était trop dur. Quelque chose s’était cassé ».

Et Gianfranco Rosi conclut : « Il n’y a jamais de fin à un documentaire. »

Texte : Janick Leconte

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